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Margin Call

Film de J.C. Chandor Drame et thriller 1 h 42 min 21 octobre 2011

Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…

Margin Call est d’autant plus intéressant à voir lorsqu’on le compare à The Wolf of Wall Street (1). Ceux qui reprochaient au film de Scorsese son obscénité et sa frénésie gratuite trouveront ici l’exact contrepoint qu’ils recherchaient peut-être sur le sujet. Le film fonctionne sur le principe de l’épure. Dans le monde fou de la finance, c’est paradoxalement la suppression qui l’ouvre : les licenciements en masse et la mise en parallèle volontairement douteuse avec l’agonie d’une chienne pleurée par un patron par ailleurs d’une indifférence notoire à l’égard des humains. Film nocturne, Margin Call s’articule autour de ressorts dramatiques propres au théâtre, voire à la tragédie. Nombre progressivement réduit de personnages, tractations en coulisses, mise en avant des dialogues, c’est l’épure qui domine. De la richesse démesurée des protagonistes, on ne voit presque rien. Pas de coke, de putes, de villas. On en parle : le montant du salaire annuel, des primes, mais tout cela reste des chiffres, et c’est bien là l’une des démonstrations du film. L’enjeu n’est pas tant l’action que sa préparation dans une activité sans cesse différée qui par sa dynamique génère une tension très habile. Intérieurs glacés, bureaux laqués, visages professionnels. On prend la mesure du séisme à venir, connu des spectateurs puisqu’il s’agit de la crise des subprimes. Mais sur ce point aussi, c’est la logique de l’évidement qui prime. Alors que la surcharge verbale et les échanges intimistes devraient logiquement dévier vers la leçon didactique au spectateur, leur teneur principale est celle de l’ignorance. On demande à chaque fois aux experts de parler « en anglais », d’expliquer ça de façon claire ce qui ne l’est pour personne. De ce point de vue, on se rapproche au mot près de l’exposé de McConaughey dans The Wolf of Wall Street : tout est du vent, tout est virtuel. On comprend mieux que les tireurs de ficelle de ce jeu de dupes n’aient aucun état d’âme avec les conséquences sur le marché, les emplois, et les crédits de la masse populaire. On le dit clairement : tout le monde veut vivre au-dessus de ses moyens, et de temps en temps, logiquement, ça craque. Il semble un temps durant que les dilemmes moraux de certains personnages, celui de Spacey en tête, ne sont pas très crédibles : c’est là une des habiles fausses pistes du film, qui retombe toujours avec rouerie sur les pattes de son cynisme. Si quelques lourdeurs des dialogues empèsent çà et là la démonstration, le jeu des acteurs, impeccable, l’équilibre avec brio. Tragédie feutrée, les échanges remontent le « chain of command » et les numéros de comédiens, de Quinto à Bettany de Spacey, à Baker pour aboutir à un Irons dont la rareté ajoute au crédit dans ce rôle du grand manitou. Et partout, le même silence, la même ignorance des tenants et aboutissants de ce qui se joue. Un seul objectif : tirer ses marrons du feu et préparer la prochaine étape de la course au profit, quelles qu’en soient les conséquences. Film glacial, brillamment déceptif, Margin Call fait de sa neutralité sombre une tonalité audacieuse et intelligente : elle met le spectateur dans cette inconfortable position du citoyen face à la marche folle du monde : celle de l’impuissance désenchantée.

(1) http://www.senscritique.com/film/Le_Loup_de_Wall_Street/critique/23511828

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