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Le Sabre de la bête

Film de Hideo Gosha Action et drame 1 h 25 min 18 septembre 1965

Gennosuke, un rônin (samouraï sans maître), est en fuite pour avoir tué le Conseiller de son clan. Miza, la fille de ce Conseiller, veut se venger...

Lorsqu'un cinéaste a la chance de débuter sa carrière avec un premier film de qualité, le plus difficile pour lui est de pouvoir passer au second. Forcément, il sera attendu au tournant et les comparaisons avec l’œuvre première en seront d'autant plus féroces ! C'est exactement ce qui arrive à Hideo Gosha dont le second film a la lourde tâche de faire oublier l'excellent Trois samourais hors-la-loi... Objectif ô combien cruel qu'il n'arrive pas à atteindre car, dans l'ensemble, Le sabre de la bête demeure moins bien maîtrisé que son illustre aîné. On y retrouve quelques maladresses, quelques longueurs (malgré un format assez court) et une thématique, comme des personnages, qui aurait mérité un meilleur approfondissement. Mais excepté ces petites erreurs de jeunesse, ce film ne mérite pas la relative indifférence qui semble être la sienne aujourd'hui. On est loin du banal chambara ou de l'obscure série b ; Le sabre de la bête prolonge fort bien l'originalité et les thématiques propres à Gosha tout en préfigurant ce que seront ses œuvres futures, comme Goyokin par exemple !

En tous les cas, s'il y a bien une chose que Gosha n'a pas perdue depuis son premier film, c'est bien son sens de la mise en scène ! L'homme a une représentation très précise de son cinéma et cela se ressent dès les premières minutes du métrage ! Le film s'ouvre sur la vision d'un rônin, isolé au milieu de la nature, qui vient de se faire délester de son arme par une jeune femme. Menacé par une horde de samouraïs, il préfère fuir comme un lâche plutôt que d'affronter une mort certaine. Un samouraï qui préfère la vie à son honneur, voilà qui est grandement original et qui introduit fort bien le propos qui sera développé par la suite dans le film. Ce qui intéresse Gosha, c'est de nous questionner sur ce qui fait la valeur d'homme ! Est-ce son attachement aux codes d'honneur, sa loyauté envers son groupe, sa famille, ou est-ce simplement le sens qu'il porte à ses actes ? Ainsi, au fil des péripéties, Gosha va placer ses personnages devant différents dilemmes moraux... La question sera alors de savoir si ceux-ci agissent comme des hommes ou sont-ils, au contraire, de véritables bêtes féroces, impitoyables et sans cœur ! À travers ces différentes saynètes, on retrouve rapidement les thématiques développées dans Les Trois Samouraïs hors-la-loi comme la critique de l'ordre social et de la caste du samouraï. On y retrouve surtout ce pessimisme, cette noirceur, propre à Gosha et qui empêche le film de basculer dans la naïveté ou la bien-pensance ! Avec lui, ce sont les faiblesses humaines qui sortent au grand jour : les personnages ont beau s'incliner devant le bushido ou se targuer de défendre une noble cause, ils sont prêts à tout renier pour un peu d'or ou la promesse d'un meilleur statut social ! On est loin de la vision héroïque du samouraï entretenue par de nombreuses productions de cette époque. Gosha est un véritable avant-gardiste dans ce domaine et rien que pour cela le film mérite le coup d’œil !

Tout cela est bien joli mais comme les personnages sont sans doute trop nombreux et pas suffisamment travaillés (notamment le personnage central), le propos du film demeure assez simpliste. Cette légèreté de traitement empêche Le sabre de la bête de pouvoir rivaliser avec des œuvres plus abouties, traitant de sujets similaires, comme Goyokin ou Seppuku. Gosha aurait très bien pu compenser ce manque de fond avec plus d'action mais, assez étrangement, le film se trouve miné par des longueurs tout à fait évitables, notamment au regard de la faible durée du métrage. Dommage qu'il n'ait pas pu prolonger la nervosité entrevue dans le préambule ! Le sabre de la bête demeure un film intéressant à suivre, avec de bons acteurs et de bonnes idées de mise en scène (avec une bonne exploitation du décor naturel). Mais l'ensemble manque de force et d'intensité dramatique. Pas un grand film donc, mais une belle curiosité néanmoins.

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