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Le Journal d'une femme de chambre

Film de Luis Buñuel Policier et drame 1 h 41 min 4 mars 1964

Dans les années 30, Célestine, une jeune femme de chambre de 32 ans, arrive de Paris pour entrer au service d'une famille de notables.

La filmographie de Buñuel compte plusieurs facettes : il y a la veine surréaliste, qui s’exprime dans ses premiers films (Un chien andalou, L’âge d’or), mais également dans certains de ses derniers (L'Ange exterminateur, Le Fantôme de la liberté, Le Charme discret de la bourgeoisie). Et puis il toute une série de films, mes préférés, produits majoritairement pendant sa période française, qui constituent de véritables attaques contre la bourgeoisie et sont tout entiers embaumés d’une érotique que seul Buñuel a été capable de déployer avec autant de maitrise : Belle de Jour, Cet obscur objet du désir...

Le Journal d'une femme de chambre est à placer dans cette veine, même si, pour notre plus grand bonheur, ce n’est pas simplement la bourgeoisie que Buñuel égratigne ici, mais la société toute entière : du petit péquenaud au grand bourgeois en passant par les anciens poilus et les bigotes. En adaptant le roman de Mirbeau, Buñuel a différé l’action de trente ans pour nous immerger dans la France des années 1930, dans une famille de notables de province où Célestine (Jeanne Moreau) débarque pour travailler comme domestique.

Ce film est une satire brillante, un monument de cynisme qui met en scène la vulgarité, la méchanceté, l’hypocrisie, la mesquinerie, les commérages et calomnies de la vieille France. Dans une galerie de personnages fournie, on découvre une maitresse de maison frigide et dominatrice, un mari frustré et lubrique, un grand-père fétichiste et taciturne et un garde-chasse sadique et fasciste.

Qui mieux que Buñuel pouvait mettre en scène les perversions d’une bourgeoisie qui cache mal ses ardeurs et sa méchanceté derrière les règles du protocole et de la civilisation ? Avec Le Journal d'une femme de chambre, Buñuel est au cœur de ce qu’il sait faire de mieux : montrer la jouissance perverse des hommes en position de domination. Quelle meilleure illustration de cela que cette forme moderne et subtile d’esclavage qu’est la domesticité ?

Les moments de vulgarité et d’imbécilité s’enchainent comme dans un film à sketchs : le film de Buñuel casse toute possibilité de naturalisme en étouffant le spectateur dans une bêtise de tous les instants. Les insanités pleuvent et créent pour le spectateur un climat étrange, à la fois dépressif et rigolard, malsain et délectable, terrifiant et jubilatoire.

Le Journal d'une femme de chambre est tout entier pétri d’un anarchisme propre au début du 20e siècle : outre la bourgeoisie perverse et la population commère, c’est également l’Eglise et l’Armée qui sont attaqués. Le curé manœuvre ses ouailles tandis que l’ancien poilu ergote de son statut d’ancien combattant pour faire ses coups en douce. C’est ainsi que le film fait parfois l’effet d’une démonstration et d’un pamphlet, ce qui pourra déplaire à certains spectateurs.

La réalisation de Buñuel est délectable. Le réalisateur a souvent saisi ses personnages au cœur de tableaux très travaillés, dans de grands intérieurs. La caméra est virtuose et coulisse sans à-coups, délicatement et lentement, via des travellings. Les gros plans sont usés avec intelligence, souvent pour souligner le fétichisme et les pulsions des personnages.

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